La Fabrique de crimes - Paul Féval (père) - ebook
Kategoria: Sensacja, thriller, horror Język: francuski Rok wydania: 1866

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Paul Féval (père)

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Opis ebooka La Fabrique de crimes - Paul Féval (père)

Voici un Objet Littéraire Non Identifié. Dans cette l'histoire abracadabrante a l'exces, l'auteur se moque de la littérature populaire « a un sou », déplore le gout de ses contemporains pour le crime - tout en garantissant 73 morts par chapitre - multiplie les retrouvailles familiales invraisemblables, présentes dans tous les feuilletons de l'époque. Certains y voient le testament littéraire d'un Paul Féval, écrivain populaire, qui, vers la fin de sa carriere, s'est tourné vers une littérature plus « sérieuse ».

Opinie o ebooku La Fabrique de crimes - Paul Féval (père)

Fragment ebooka La Fabrique de crimes - Paul Féval (père)

A Propos
PRÉFACE
Chapitre 1 - MESSA – SALI – LINA

A Propos Féval (pere):

Paul Henry Corentin Féval, né le 29 septembre 1816 a Rennes, mort le 7 mars 1887 a Paris 7e, 19, rue Oudinot, est un écrivain français, dont l'ouvre composée de romans populaires édités en feuilletons, eut un succes considérable de son vivant. Au xixe siecle, sa notoriété égalait celle d’Honoré de Balzac et d’Alexandre Dumas.

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PRÉFACE

 

Voici déja plusieurs années que les fabricants de crimes ne livrent rien. Depuis que l'on a inventé le naturalisme et le réalisme, le public honnete autant qu'intelligent creve de faim, car, au dire des marchands, la France compte un ou deux millions de consommateurs qui ne veulent plus rien manger, sinon du crime. Or, le théâtre ne donne plus que la gaudriole et l'opérette, abandonnant le mélodrame.

Une réaction était inévitable. Le crime va reprendre la hausse et faire prime. Aussi va-t-on voir des plumes délicates et vraiment françaises fermer leur écritoire élégante pour s'imbiber un peu de sang. La jeune génération va voir refleurir, sous d'autres noms, des usines d'épouvantables forfaits ! Pour la conversion radicale des charmants esprits dont nous parlions tout a l'heure, il faut un motif, et ce motif, c'est la hausse du crime. Hausse qui s'est produite si soudain et avec tant d'intensité que l'académie française a du, tout dernierement, repousser la bienveillante initiative d'un amateur qui voulait fonder un prix Montyon pour le crime.

Nous aurions pu, imitant de tres loin l'immortel pere de don Quichotte, railler les gouts de notre temps, mais ayant beaucoup étudié cette intéressante déviation du caractere national, nous préférons les flatter.

C'est pourquoi, plein de confiance, nous proclamons des le début de cette ouvre extraordinaire, qu'on n'ira pas plus loin désormais dans la voie du crime a bon marché.

Nous avons rigoureusement établi nos calculs : la concurrence est impossible.

Nous avons fait table rase de tout ce qui embarrasse un livre ; l'esprit, l'observation, l'originalité, l'orthographe meme ; et ne voila que du crime.

En moyenne, chaque chapitre contiendra, soixante-treize assassinats, exécutés avec soin, les uns frais, les autres ayant eu le temps d’acquérir, par le séjour des victimes a la cave ou dans la saumure, un degré de montant plus propre encore a émoustiller la gaîté des familles.

Les personnes studieuses qui cherchent des procédés peu connus pour détruire ou seulement estropier leurs semblables, trouveront ici cet article en abondance. Sur un travail de centralisation bien entendu, nous avons rassemblé les moyens les plus nouveaux. Soit qu'il s'agisse d'éventrer les petits enfants, d'étouffer les jeunes vierges sans défense, d'empailler les vieilles dames ou de désosser MM. les militaires, nous opérons nous-memes.

En un mot, doubler, tripler, centupler la consommation d'assassinats, si nécessaire a la santé de cette fin de siecle décadent, tel est le but que nous nous proposons. Nous eussions bien voulu coller sur toutes les murailles de la capitale une affiche en rapport avec l'estime que nous faisons de nous meme ; mais notre peu d'aisance s'y oppose et nous en sommes réduits a glisser ici le texte de cette affiche, tel que nous l'avons murement rédigé :

Succes, inoui, prodigieux, stupide !

LA FABRIQUE DE CRIMES

AFFREUX ROMAN

Par un assassin

L'Europe attend l'apparition de cette ouvre extravagante ou l'intéret concentré au dela des bornes de l'épilepsie, incommode et atrophie le lecteur !

Tropmann était un polisson aupres de l'auteur qui exécute des prestiges supérieurs a ceux de

LÉOTARD.

100

feuilletons, a soixante-treize assassinats donnent un total superbe de

7.300 victimes

qui appartiennent a la France, comme cela se doit dans un roman national. Afin de ne pas tromper les cinq parties du monde, on reprendra, avec une perte insignifiante, les chapitres qui ne contiendront pas la quantité voulue de Monstruosités coupables, au nombre desquelles, ne seront pas comptés les vols, viols, substitutions d'enfants, faux en écriture privée ou authentique, détournements de mineures, effractions, escalades, abus de confiance, bris de serrures, fraudes, escroqueries, captations, vente a faux poids, ni meme les

ATTENTATS A LA PUDEUR,

ces différents crimes et délits se trouvant semés a pleines mains dans cette ouvre sans précédent, saisissante, repoussante, renversante, étourdissante, incisive, convulsive, véritable, incroyable, effroyable, monumentale, sépulcrale, audacieuse, furieuse et monstrueuse,

en un mot,

CONTRE NATURE,

apres laquelle, rien n'étant plus possible, pas meme la

Putréfaction avancée,

il faudra

Tirer l'échelle ! ! !


Chapitre 1 MESSA – SALI – LINA

 

Il était dix heures du soir…

Peut-etre dix heures un quart, mais pas plus.

Du côté droit, le ciel était sombre ; du côté gauche, on voyait a l'horizon une lueur dont l’origine est un mystere.

Ce n'était pas la lune, la lune est bien connue. Les aurores boréales sont rares dans nos climats, et le Vésuve est situé en d'autres contrées.

Qu'était-ce ?…

Trois hommes suivaient en silence le trottoir de la rue de Sévigné et marchaient un a un. C'était des inconnus !

On le voyait a leurs chaussons de lisiere et aussi a la précaution qu'ils prenaient d'éviter les sergents de ville.

La rue de Sévigné, centre d'un quartier populeux, ne présentait pas alors, le caractere de propreté qu’elle affecte aujourd'hui ; les trottoirs étaient étroits, le pavé inégal ; on lui reprochait aussi d'etre mal éclairée, et son ruisseau répandait des odeurs particulieres, ou l'on démelait aisément le sang et les larmes…

Un fiacre passa. Le Rémouleur imita le sifflement des merles ; le Joueur d'orgue et le Cocher échangerent un signe rapide. C'était Mustapha.

Il prononça quatre mots seulement :

– Ce soir ! Silvio Pellico !

Au moment meme ou la onzieme heure sonnait a l'horloge Carnavalet, une femme jeune encore, a la physionomie ravagée, mais pleine de fraîcheur, entr'ouvrit sans bruit sa fenetre, située au troisieme étage de la Maison du Repris de justice. Une méditation austere était répandue sur ses traits, pâlis par la souffrance.

Elle darda un long regard a la partie du ciel, éclairée par une lueur sinistre et dit en soupirant :

– L'occident est en feu. Le Fils de la Condamnée aurait-il porté l'incendie au sein du château de Mauruse !

Un cri de chouette se fit entendre presqu'aussitôt sur le toit voisin et les trois inconnus du trottoir s'arreterent court.

Ils leverent simultanément la tete, – en tressaillant !

Le premier était bel homme en dépit d'un emplâtre de poix de Bourgogne qui lui couvrait l'oil droit, la joue, la moitié du nez, les trois quarts de la bouche et tout le menton. Â la vue de cet emplâtre d'une dimension inusitée, un observateur aurait conçu des doutes sur son identité. Rien, du reste, en lui, ne semblait extraordinaire. Il marchait en sautant, comme les oiseaux. Son vetement consistait en une casquette moldave et une blouse, taillée a la mode garibaldienne. La forme de son pantalon disait assez qu'on l'avait coupé dans les défilés du Caucase. Il n'avait point de bas, ni de décorations étrangeres.

Sous sa blouse, il portait un cercueil d'enfant.

Le second, plus jeune et vetu comme les marchands de contremarques, avait en outre des lunettes en similor, pour dissimuler une loupe considérable qui déparait un peu la régularité de ses traits.

Le troisieme et dernier, doué d'une physionomie insignifiante en apparence, mais féroce en réalité, portait la livrée des travailleurs de la mer, sauf l'habit noir et la cravate blanche. Le reste de son costume consistait en un gilet de satin lilas et un pantalon écossais.

Évidemment, ils avaient adopté tous les trois ces divers travestissements pour passer inaperçus dans la rue de Sévigné.

Quels étaient leurs desseins ?

Il était facile de reconnaître a premiere vue, malgré le masque de tranquille indifférence attaché sur leur visage que c’était trois malfaiteurs intelligents et endurcis.

A l'instant ou ils levaient les yeux vers le toit d'ou le cri de chouette venait de ***ber[1], une fusée volante s'alluma et décrivit dans les airs une courbe arrondie.

– C'est le signal ! dit le premier inconnu.

– La route est libre, ajouta le second, rien n'arretera nos pas.

Le troisieme conclut :

– Mort aux malades du docteur Fandango !

La fenetre du troisieme étage se referma avec précaution et Mandina de Hachecor, l'amante du gendarme (car c'était elle), pensa tout haut :

– Mustapha tarde bien ! si le Fils de la Condamnée a réussi, tout n'est pas encore perdu !

Elle disparut apres avoir jeté un dernier regard a la lueur lointaine qui rougissait la portion occidentale du ciel.

Les trois inconnus, cependant, s'étaient retournés au son de leurs propres voix et groupés en rond d'un air impassible.

L'école du danger leur avait appris a contenir l'expression de leurs craintes et de leurs espérances.

Tout le monde dans Paris, sait quelle est la grandeur des véhicules de l'ancienne Compagnie Richer, appartenant aujourd'hui a MM. Lesage et Cie, industriels de la Villette. Une de ces voitures, si propres par leur taille, a cacher des armes prohibées, des trappes et des double fonds, ainsi qu'a dissimuler des conspirateurs, était arretée devant le trottoir. Elle abritait momentanément nos trois inconnus contre tous les regards.

Ils s'examinerent l'un l'autre minutieusement.

– Messa ! prononça avec mystere celui qui était bel homme en dépit d'un emplâtre de dimension inusitée.

– Sali ! fît le second.

– Lina ! acheva le troisieme.

Gringalet, l'enfant naturel de l'huissier de la place des Vosges, entendit ces trois étranges locutions. Il les réunit, les dédoubla et dit en lui-meme :

– Ça fait Messalina !

C'était un impubere vif, grelé, gracieux, rieur et bancroche comme tous les gamins de Paris.

A la voiture de vidange a air comprimé, trois grands chevaux percherons étaient attelés.

Gringalet, souple comme un serpent, eut l'idée de se glisser entre la queue et la croupe de l'un de ces animaux.

Une fois installé la, convenablement, il preta l'oreille. Sa curiosité était éveillée. Son intelligence précoce l'avertissait que ce nom coupé en trois était le symptôme d une situation saisissante.

En effet, celui qui avait prononcé le mot Messa, tendit ses mains aux deux autres. Ils échangerent aussitôt plusieurs signes maçonniques, connus d'eux seuls. Apres quoi Sali tira de son sein un pli scellé aux armes de Rudelame de Carthagene, anciens seigneurs du pays, ruinés par des cataclysmes, et Lina montra une bouteille, bouchée a l'aide d'un parchemin vert.

– Dix-huit ! prononça-t-il a voix basse.

– Vingt-quatre ! répliqua Sali.

– Trente-trois ! gronda Messa d'un accent caverneux : tous clients du docteur Fandango !

– Tous clients du docteur Fandango ! répéterent Sali et Lina.

Gringalet croyait rever.

Messa poursuivit, en soulevant un peu son emplâtre pour respirer plus commodément l'air de la nuit :

– Total général soixante-treize ! c'est notre compte.

Les deux autres firent écho, répétant :

– Soixante-treize ! c'est notre compte.

Et Messa avec une gaieté farouche ajouta :

– M. le duc sera content, je lui en apporte un petit par-dessus le marché.

En meme temps, il frappa le cercueil d'enfant, qui rendit un son lugubre. Gringalet comprenait vaguement.

La moelle de ses os se figeait dans ses veines !

– C'est donc bien vrai ! ce que disent les romans a un sou, pensa-t-il. Paris contient d'épouvantables mysteres !

Ces inconnus sont peut-etre les trois Pieuvres mâles de l'impasse Guéménée.

Sa voix s'arreta dans son gosier, tout son corps trembla.

Si c'était vrai, une simple queue de cheval percheron le séparait d'un trépas inévitable.

Sali, cependant, toucha son pli, scellé d'armes nobiliaires et murmura :

– Le Fils de la Condamnée nourrit des projets. M. le duc nous convoque pour cette nuit dans les galeries qui s'étendent sur le fleuve.

– C'est bien, dit Messa. Depuis la derniere assemblée, trois cents et quelques squelettes nouveaux ornent ces souterrains, dont Paris, ville de plaisirs insouciants, ne soupçonne pas meme l'existence.

– Cette nuit, fit Sali avec un sarcasme cruel, il s'agit de la jeune et belle Elvire.

Un triple éclat de gaieté sinistre ponctua cette communication et Lina, débouchant sa bouteille de fer-blanc, ajouta :

– Donnez vos fioles ; pendant que la voiture de vidange a air comprimé nous protege contre tous les regards, je vais faire la distribution de l'élixir funeste !