L'Utopie - Thomas More - ebook
Kategoria: Nauka i nowe technologie Język: francuski Rok wydania: 1516

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Thomas More

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Opis ebooka L'Utopie - Thomas More

Pamphlet virulent dirigé contre la société anglaise d'Henri VIII et construction imaginaire proposant en contrepoint l'image d'une société idéale, L'Utopie, publiée en 1516, est la célebre contribution de l'humaniste chrétien Thomas More au débat philosophique sur les finalités du politique. Ami d'Érasme, dénonçant avec lui les égarements de l'Église et de l'État, More espere, en dressant le tableau de la cité idéale, rappeler a chacun, gouvernants ou gouvernés, la voie du Bien commun. L'inégalité des richesses et l'intolérance religieuse sont les principales cibles de sa critique. A quoi bon L'Utopie ? A force de faire des concessions a l'ordre des choses sous prétexte de réalisme et d'efficacité la réflexion politique finit par perdre toute référence a l'idéal et aux valeurs. Une "utopie" (le mot inventé par More signifie, par ses racines grecques, "lieu qui n'existe pas") n'est donc pas une attitude naive : symptôme d'une crise morale, elle est aussi et surtout une tentative pour renvoyer une société a ce qu'elle attend d'elle-meme. Un reve, oui, mais pour affermir la volonté politique.

Opinie o ebooku L'Utopie - Thomas More

Fragment ebooka L'Utopie - Thomas More

A Propos
Préface du Traité de la meilleure forme de gouvernement : lettre de Thomas More a Pierre Gilles

A Propos More:

Sir Thomas More (7 February 1478 – 6 July 1535), also known as Saint Thomas More, was an English lawyer, author, and statesman. During his lifetime he earned a reputation as a leading humanist scholar and occupied many public offices, including that of Lord Chancellor from 1529 to 1532. More coined the word "utopia", a name he gave to an ideal, imaginary island nation whose political system he described in a book published in 1516. He is chiefly remembered for his principled refusal to accept King Henry VIII's claim to be supreme head of the Church of England, a decision which ended his political career and led to his execution as a traitor. In 1935, four hundred years after his death, More was canonized in the Catholic Church by Pope Pius XI, and was later declared the patron saint of lawyers and statesmen. He shares his feast day, June 22 on the Catholic calendar of saints, with Saint John Fisher, the only Bishop during the English Reformation to maintain his allegiance to the Pope. More was added to the Anglican Churches' calendar of saints in 1980. Source: Wikipedia

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Préface du Traité de la meilleure forme de gouvernement : lettre de Thomas More a Pierre Gilles

Ce n’est pas sans quelque honte, tres cher Pierre Gilles, que je vous envoie ce petit livre sur la république d’Utopie apres vous l’avoir fait attendre pres d’une année, alors que certainement vous comptiez le recevoir dans les six semaines. Vous saviez en effet que, pour le rédiger, j’étais dispensé de tout effort d’invention et de composition, n’ayant qu’a répéter ce qu’en votre compagnie j’avais entendu exposer par Raphaël. Je n’avais pas davantage a soigner la forme, car ce discours ne pouvait avoir été travaillé, ayant été improvisé au dépourvu par un homme qui, au surplus, vous le savez également, connaît le latin moins bien que le grec. Plus ma rédaction se rapprocherait de sa familiere simplicité, plus elle se rapprocherait aussi de l’exactitude, qui doit etre et qui est mon seul souci en cette affaire.

Toutes les circonstances, je le reconnais, mon cher Pierre, m’ont donc facilité le travail au point qu’il ne m’en est guere resté. Assurément, s’il m’avait fallu inventer ce qui suit ou le mettre en forme, un homme, meme intelligent, meme instruit, aurait eu besoin de temps et d’étude. Qu’on m’eut demandé une relation non seulement exacte mais encore élégante, jamais je n’y aurais suffi, quelque temps, quelque zele que j’y eusse mis.

Mais, libéré des scrupules qui m’auraient couté tant de travail, j’avais simplement a consigner par écrit ce que j’avais entendu, ce qui n’était plus rien. Cependant, pour terminer ce rien, mes occupations me laissent, en fait de loisir, moins que rien. J’ai a plaider, a entendre des plaideurs, a prononcer des arbitrages et des jugements, a recevoir les uns pour mon métier, les autres pour mes affaires. Je passe presque toute la journée dehors, occupé des autres. Je donne aux miens le reste de mon temps. Ce que j’en garde pour moi, c’est-a-dire pour les lettres, n’est rien.

Rentré chez moi en effet, j’ai a causer avec ma femme, a bavarder avec les enfants, a m’entendre avec les domestiques. Je compte ces choses comme des occupations puisqu’elles doivent etre faites (et elles le doivent si l’on ne veut pas etre un étranger dans sa propre maison) et qu’il faut avoir les rapports les plus agréables possible avec les compagnons de vie que la nature ou le hasard nous ont donnés, ou bien que nous avons choisis nous-memes, sans aller toutefois jusqu’a les gâter par trop de familiarité et a se faire des maîtres de ses serviteurs. Tout cela mange le jour, le mois, l’année. Quand arriver a écrire ? Et je n’ai pas parlé du sommeil, ni des repas, auxquels bien des gens accordent autant d’heures qu’au sommeil lui-meme, lequel dévore pres de la moitié de la vie. Le peu de temps que j’arrive a me réserver, je le dérobe au sommeil et aux repas. Comme c’est peu de chose, j’avance lentement. Comme c’est quelque chose malgré tout, j’ai terminé L’Utopie et je vous l’envoie, cher Pierre, afin que vous la lisiez et que, si j’ai oublié quelque chose, vous m’en fassiez souvenir. Ce n’est pas sous ce rapport que j’ai le plus a me défier de moi-meme (je voudrais pouvoir compter sur mon esprit et sur mon savoir autant que jusqu’a présent je compte sur ma mémoire) ; je n’en suis pas néanmoins a me croire incapable de rien oublier.

Me voici en effet plongé dans une grande perplexité par mon jeune compagnon John Clement qui nous accompagnait, vous le savez, car je ne le tiens jamais a l’écart d’un entretien dont il peut retirer quelque fruit, tant j’espere voir un jour cette jeune plante, nourrie du suc des lettres latines et grecques, donner des fruits excellents. Si je me rappelle bien, Hythlodée nous a dit que le pont d’Amaurote, qui franchit le fleuve Anydre, a cinq cents pas de long. Notre John prétend qu’il faut en rabattre deux cents, que la largeur du fleuve ne dépasse pas trois cents pas a cet endroit. Faites, je vous prie, un effort de mémoire. Si vous etes d’accord avec lui, je me rangerai a votre avis et je me déclarerai dans l’erreur. Si vous n’en savez plus rien, je m’en tiendrai a ce que je crois me rappeler. Car mon principal souci est qu’il n’y ait dans ce livre aucune imposture. S’il subsiste un doute, je préférerai une erreur a un mensonge, tenant moins a etre exact qu’a etre loyal.

Vous pourrez aisément me tirer d’embarras en interrogeant Raphaël lui-meme ou en lui écrivant. Et vous allez etre obligé de le faire a cause d’un autre doute qui nous vient. Est-ce par ma faute, par la vôtre, par celle de Raphaël lui-meme ? Je ne saurais le dire. Nous avons en effet négligé de lui demander, et il n’a pas pensé a nous dire, dans quelle partie du nouveau monde Utopie est située. Je donnerais beaucoup pour racheter cet oubli, car j’ai quelque honte a ignorer dans quelle mer se trouve l’île au sujet de laquelle j’ai tant a dire. D’autre part, un homme pieux de chez nous, théologien de profession, brule, et il n’est pas le seul, d’un vif désir d’aller en Utopie. Ce qui l’y pousse n’est pas une vaine curiosité de voir du nouveau ; il souhaiterait encourager les progres de notre religion qui se trouve la-bas heureusement implantée. Comme il désire le faire selon les regles, il a décidé de s’y faire envoyer par le Souverain Pontife et meme a titre d’éveque des Utopiens, sans se laisser arreter par le scrupule d’avoir a implorer cette prélature. Il estime en effet qu’une ambition est louable si elle est dictée, non par un désir de prestige ou de profit, mais par l’intéret de la religion.

C’est pourquoi je vous requiers, mon cher Pierre, de presser Hythlodée, oralement si vous le pouvez aisément, sinon par lettres, afin d’obtenir de lui qu’il ne laisse subsister dans mon ouvre rien qui soit inexact, qu’il n’y laisse manquer rien qui soit véritable. Je me demande s’il ne vaudrait pas mieux lui faire lire l’ouvrage. S’il s’agit d’y corriger une erreur, nul en effet ne le pourra mieux que lui ; et il ne saurait s’en acquitter s’il n’a lu ce que j’ai écrit. De plus ce sera pour vous un moyen de savoir s’il voit d’un bon oil que j’aie composé cet écrit ou s’il en est mécontent. Car s’il a décidé de raconter lui-meme ses voyages, il préfere peut-etre que je m’abstienne. Et je ne voudrais certes pas, en faisant connaître l’État utopien, enlever a son récit la fleur et le prix de la nouveauté.

A vrai dire, je ne suis pas encore tout a fait décidé a entreprendre cette publication. Les hommes ont des gouts si différents ; leur humeur est parfois si fâcheuse, leur caractere si difficile, leurs jugements si faux qu’il est plus sage de s’en accommoder pour en rire que de se ronger de soucis a seule fin de publier un écrit capable de servir ou de plaire, alors qu’il sera mal reçu et lu avec ennui. La plupart des gens ignorent les lettres ; beaucoup les méprisent. Un barbare rejette comme abrupt tout ce qui n’est pas franchement barbare. Les demi-savants méprisent comme vulgaire tout ce qui n’abonde pas en termes oubliés. Il en est qui n’aiment que l’ancien. Les plus nombreux ne se plaisent qu’a leurs propres ouvrages. L’un est si austere qu’il n’admet aucune plaisanterie ; un autre a si peu d’esprit qu’il ne supporte aucun badinage. Il en est de si fermés a toute ironie qu’un persiflage les fait fuir, comme un homme mordu par un chien enragé quand il voit de l’eau. D’autres sont capricieux au point que, debout, ils cessent de louer ce qu’assis ils ont approuvé. D’autres tiennent leurs assises dans les cabarets et, entre deux pots, décident du talent des auteurs, prononçant péremptoirement condamnation au gré de leur humeur, ébouriffant les écrits d’un auteur comme pour lui arracher les cheveux un a un, tandis qu’eux-memes sont bien tranquillement a l’abri des fleches, les bons apôtres, tondus et rasés comme des lutteurs pour ne pas laisser un poil en prise a l’adversaire. Il en est encore de si malgracieux qu’ils trouvent un grand plaisir a lire une ouvre sans en savoir plus de gré a l’auteur, semblables a ces invités sans éducation qui, généreusement traités a une table abondante, s’en retournent rassasiés sans un mot de remerciement pour l’hôte. Et va maintenant préparer a tes frais un banquet pour des hommes au palais si exigeant, aux gouts si différents, doués d’autant de mémoire et de reconnaissance !

Entendez-vous avec Hythlodée, mon cher Pierre, au sujet de ma requete, apres quoi je pourrai reprendre la question depuis le début. S’il donne son assentiment, puisque je n’ai vu clair qu’apres avoir terminé ma rédaction, je suivrai en ce qui me concerne l’avis de mes amis et le vôtre en premier lieu.

Portez-vous bien, votre chere femme et vous, et gardez-moi votre amitié. La mienne pour vous ne fait que grandir.