L'Espion X. 323 - Volume I - L'Homme sans visage  - Paul  d’Ivoi - ebook
Kategoria: Obyczajowe i romanse Język: francuski Rok wydania: 1908

L'Espion X. 323 - Volume I - L'Homme sans visage darmowy ebook

Paul d’Ivoi

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Opis ebooka L'Espion X. 323 - Volume I - L'Homme sans visage - Paul d’Ivoi

L'agent X. 323, fils d'une famille touchée par le malheur, s'est engagé dans les services secrets avec ses deux soeurs jumelles pour réhabiliter son nom. Ce super-espion, qui allie sensibilité et implacabilité, intelligence et audace, se déguise comme Frégoli. Son Watson un peu dépassé, le journaliste anglais Max Trelam (qui tombe amoureux successivement des deux soeurs), fait sa connaissance a l'occasion du vol d'un document secret. Un document important a été habilement volé au Foreign-Office par un espion a la solde de l'Allemagne. Ce document compromet gravement la paix en Europe. Un journaliste du Times, Max Trelam, est dépeché par son journal a Madrid pour enqueter sur le sujet. Dans la capitale espagnole, manipulé de toute part, il fait la connaissance successive d'un officier du renseignement britannique, d'une étrange comtesse espagnole, d'un maître-espion germanique et de sa fille charmante et innocente, d'une camériste débrouillarde... et de l'homme sans visage, l'espion X. 323, dont le but est de préserver la paix européenne en subtilisant le document avant que celui-ci ne soit acheminé a Berlin. Sans le vouloir d'abord, il s'impliquera intimement dans la recherche du document volé, au péril de sa vie, gagnant la confiance du célebre espion.

Opinie o ebooku L'Espion X. 323 - Volume I - L'Homme sans visage - Paul d’Ivoi

Fragment ebooka L'Espion X. 323 - Volume I - L'Homme sans visage - Paul d’Ivoi

A Propos
AVANT-PROPOS – Petit Avertissement jugé utile par l’Auteur
Partie 1 - LE PAPIER DU PREMIER
Chapitre 1 - L’INCIDENT DE CASABLANCA
Chapitre 2 - LE CAMBRIOLAGE CHEZ LE PREMIER
Chapitre 3 - PAR TUBE ACOUSTIQUE

A Propos d’Ivoi:

Paul d'Ivoi, de son vrai nom Paul Deleutre, est un romancier français, né le 25 octobre 1856 a Paris, mort le 6 septembre 1915 a Paris. Paul(Marie laure) Deleutre est issu d'une lignée d'écrivains qui utiliserent tous le pseudonyme d'Ivoi. Son grand-pere, Edouard, et son pere, Charles, signerent également certains de leurs livres Paul d'Ivoi. Il débuta comme journaliste a Paris-Journal et au Figaro, et collabora au Journal des Voyages et au Petit Journal sous le pseudonyme de Paul d'Ivoi. Il commença par donner quelques pieces de boulevard : Le mari de ma femme (1887), La pie au nid (1887) ou Le tigre de la rue Tronchet (1888) et quelques romans feuilletons qui passerent inaperçus. Entre 1894 et 1914, il publia les 21 volumes qui forment la série des Voyages excentriques, qui exploitent le filon des Voyages extraordinaires de Jules Verne. En 1894, le premier volume de la série, Les Cinq sous de Lavarede, écrit en collaboration avec Henri Chabrillat, lui valut la célébrité. Paul d'Ivoi écrivit également des récits patriotiques en collaboration avec le colonel Royet. Sources : http://fr.wikipedia.org/

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AVANT-PROPOS – Petit Avertissement jugé utile par l’Auteur

 

Moi, Max Trelam, correspondant du Times, le puissant journal anglais, je tiens a déclarer qu’en écrivant ce récit, j’ai l’intention d’élever un monument a la gloire d’un homme dont la profession n’a point l’heur de plaire au plus grand nombre.

Cet homme est un espion.

Oui, un Espion… mais un espion étrange, inexplicable, peut-etre unique.

D’abord, il n’a jamais été brulé, selon l’expression usitée, alors que ses collegues professionnels ont tous succombé a un moment donné.

Ensuite, il a une audace, une clairvoyance incroyables. Sa puissance de raisonnement est telle que, secondée par un sens de l’observation que je n’ai rencontré au meme degré chez personne, il arrive mathématiquementa prévoir ce qu’une circonstance donnée déterminera comme action chez un personnage d’un caractere connu.

Mais surtout, l’étrangeté de cet espion est sa loyauté. Ses actes, il les signe, avertissant ses adversaires qu’il est sur leur piste.

Vous penserez comme moi, j’imagine, qu’un etre doué de qualités exceptionnelles peut seul se permettre si dangereuse franchise. Je vous étonnerai sans doute en ajoutant que mon tres honorable espion est d’un désintéressement absolu, et que les gouvernements qui ont eu recours a ses talents en sont réduits a demeurer ses obligés.

Au moral, il est incompréhensible. D’une générosité chevaleresque, j’emploie le mot avec préméditation, car il joue sa vie chaque jour, il ne consent a s’occuper des affaires a lui soumises que si elles lui plaisent. Or, j’ai constaté que seules lui convenaient les missions ayant pour objet d’empecher les guerres, de défendre les faibles contre toutes les oppressions.

Tendre, pitoyable, jusqu’au sacrifice de lui-meme, en faveur des victimes, il devient d’une cruauté froide, je dirais presque raisonnée, dans l’assaut qu’il livre aux despotes de tout ordre.

Et cet homme, un des plus merveilleux spécimens sorti des creusets de la nature, cet homme digne de toutes les admirations, ne les recherche pas. Elles lui semblent indifférentes. Il va ou sa conscience l’appelle. Le fleuve descend vers la mer ; la terre s’endort sous les brises glaciales de l’hiver, pour se réveiller au souffle tiede du printemps. Pourquoi est-ce ainsi ? Nul ne le sait. On bégaie scientifiquement. – Ce sont des lois naturelles.

La vie du personnage que je présente aujourd’hui obéit aussi a une loi ignorée.

Moi, Max Trelam, je suis heureux de proclamer mon estime et mon affection pour sa supérieure individualité, qui domine a ce point le commun des mortels, qu’il accepte sans murmure ce mot si mal vu : Espion.

Je veux m’efforcer de montrer les services rendus a la cause de l’humanité par mon étrange ami. Je souhaite que tous le comprennent comme je le comprends, et que les trésors de tendresse qui dorment au sein des foules aillent a ce grand citoyen du monde.

Maintenant, je vais vous conter comment j’eus ce que j’appelle le bonheur, faute d’un mot plus expressif, de me rencontrer pour la premiere fois avec lui, d’assister, pour ainsi dire a ses côtés, a la lutte dont l’enjeu était la mort ou la vie de milliers d’hommes jeunes et vigoureux.


Partie 1
LE PAPIER DU PREMIER


Chapitre 1 L’INCIDENT DE CASABLANCA

 

Je me trouvais a Paris, lorsque se produisit cet incident banal, dont la volonté trouble de l’Allemagne faillit faire le point initial d’une conflagration européenne. Rappelons les faits.

Un employé du consulat allemand de la cité marocaine de Casablanca avait donné asile, au consulat, a cinq déserteurs de la légion étrangere, faisant partie du corps d’armée français, chargé de la police dans la région, en suite du mandat consenti a la France lors de la conférence d’Algésiras.

Or, comme cet employé, fautif sans discussion possible, conduisait les déserteurs au port, afin de les faire embarquer secretement, une patrouille française les rencontra. Les légionnaires reconnus furent arretés. Une bousculade s’ensuivit… L’allemand prétendit avoir été houspillé par les soldats ; les français affirmerent que l’agent consulaire s’était rué sur eux.

Et de cette niaiserie naquit une note diplomatique allemande, réclamant de la France une réparation pour l’atteinte portée aux prérogatives du Consulat.

Comme si les Consuls avaient le droit de provoquer a la désertion les soldats des nations qui les accueillent.

Un billet laconique du « patron », de ce directeur avisé qui a fait du Times l’un des journaux les plus écoutés du globe, m’enjoignit de suivre les négociations a Paris.

Je savais, bien que cela ne m’eut pas été écrit, que pareil soin devait retenir un de mes confreres a Berlin.

Aussi, n’ayant a m’occuper que de la Capitale française, je considérais mon service comme étant de tout repos. La lecture des journaux, quelques apparitions dans les milieux politiques et financiers, me permettraient de renseigner tres exactement les lecteurs du Times sur l’état des esprits chez notre coassociée en entente cordiale.

Il est curieux de constater que le sort ironique semble se complaire a infirmer la plupart de nos appréciations.

A moins que le réel coupable soit en nous-memes, présomptueux qui ne pouvons nous accoutumer a servir de jouets aux événements.

Un matin que, dans le dining-room de l’hôtel Bedford, ou j’étais descendu, en client accoutumé au paisible quartier voisinant avec la Madeleine, un matin donc que je dégustais « mon petite précaution matinale », ainsi que notre humoriste Lanallan désigne le premier déjeuner, un boy m’apporta une dépeche arrivée de Londres.

Une dépeche du Directeur.

Et quelle dépeche !

Presque une brochure. Cela n’était point pour m’étonner, car au Times, il est de regle de ne pas lésiner.

– Dépensez sans compter, recommande-t-on aux nouveaux venus… la seule chose importante est d’avoir des nouvelles intéressantes. Le prix n’est rien.

Et les nouvelles ne devaient pas etre dépourvues d’intéret, car le long télégramme m’apparaissait rédigé au moyen du chiffre spécial, dont le secret est confié a l’honneur de tout reporter en mission pour le journal.

Deux minutes plus tard, laissant la mon déjeuner, je déchiffrais la stupéfiante communication que voici :


Chapitre 2 LE CAMBRIOLAGE CHEZ LE PREMIER

 

« Hier au soir, vers cinq heures, lord Downingby, notre premier ministre, quitta le cabinet somptueux et sévere ou il prépare, d’accord avec notre Souverain, les « coups » qui doivent donner la victoire a l’Angleterre sur l’échiquier du monde. »

A mes yeux se retraça le bureau du Premier, avec ses vieilles boiseries, son plafond a caissons, l’ameublement de style, digne des grandes pensées de gouvernement jaillies de cette salle pour s’envoler sur toute la surface de la terre, mais je continuai ma lecture.

« Le Premier se rendait chez sir Aldershot, retenu a la chambre par une mauvaise grippe, pour discuter avec ce dernier certaines modifications a apporter au programme des constructions navales.

« A cinq heures trois quarts, soit apres une absence de quarante-cinq minutes seulement, il rentrait dans son cabinet du Foreign.

« Il devait dîner au Palais, dîner de grande intimité, selon le désir du roi. Aussi, pressé par le temps, car notre cher souverain aime que l’on endosse la tenue de demi-gala, lord Downingby était revenu a son bureau uniquement pour enfermer en lieu sur, certaines notes et rapports maritimes qu’il rapportait de chez sir Aldershot.

« Le lieu sur est un coffre-fort encastré dans la muraille, derriere le bureau du Premier Ministre, ce coffre-fort peint de meme couleur que les boiseries et dont les trois boutons correspondant au chiffre du secret n’ont jamais été manouvrés que par Son Excellence en personne.

« La garde du Ministere étant assurée alternativement par les corps d’élite des horse-guards et des highlanders, il semble, en effet, que nul autre endroit ne donnerait autant de sécurité pour dérober aux curieux les pieces officielles.

« Donc, M. le Premier alla a son coffre-fort, et la, avec stupeur, il constata que, durant sa courte absence, on avait fait jouer le chiffre secret, on avait ouvert et enlevé un document d’une gravité exceptionnelle, que lord Downingby était sur d’avoir eu en mains deux heures auparavant.

« Le chiffre, changé depuis hier, trop tard malheureusement, était le nombre 323.

A cette précision, je compris que le « patron » lui-meme avait mené le reportage de l’affaire, car nous reconnaissions tous son évidente supériorité, et nous ne nous blessions jamais de le voir agir dans les circonstances graves, alors que nous nous reposions.

« Lord Downingby est un homme ferme. Sans perdre une seconde, il téléphona aux services de la Sureté, affectés au contre-espionnage. Donc, il suppose que le voleur est un espion. Des télégrammes envoyés dans les divers ports anglais et prescrivant de surveiller étroitement les embarquements, surtout ceux a destination de l’Allemagne, il est permis d’inférer que l’espion agissait au compte de cette derniere puissance.

« Enfin, la recommandation faite aux agents de pousser le zele meme jusqu’a la gaffe (sic) et la promesse d’une prime extraordinaire : quatre mille livres (cent mille francs), démontre que la piece dérobée a une importance capitale.

« De plus, j’ai appris que, par le nouveau sans fil, une longue communication en chiffre diplomatique avait été faite au gouvernement français.

« L’enquete au Ministere n’a rien révélé. Un highlander de garde a cru se souvenir que l’un des ouvriers, occupés en ce moment au ravalement de la façade, était entré dans l’intérieur par une fenetre laissée entr’ouverte ; mais cet homme n’a disparu qu’un instant, puis a repris place sur le panneau qu’a l’aide d’un systeme de cordages et de poulies, ces artisans font mouvoir le long des façades qu’ils nettoient.

« La nuit venant de bonne heure en cette saison, les travailleurs avaient quitté le Ministere lors du retour de M. le Premier.

« Or, ici, on est absolument fermé. Vous savez le mutisme de nos hommes d’État, lorsqu’ils sont décidés a garder le silence. On n’en tirera rien.

« Les Français sont plus expansifs.

« Tâchez de trouver un bavard dans l’entourage du Ministre de l’Intérieur, Président du Conseil.

« Lui, parbleu, ne dira rien. Le « Grand Georges », comme nous le nommons, garde le silence aussi facilement qu’il parle. Mais autour de lui, il ne se trouve pas que des hommes de sa valeur et de sa finesse.

« J’ai confiance en votre adresse. Trouvez.

« Il est absolument indispensable que les lecteurs du Timesconnaissent le poids exact (le contenu) du document disparu, avant tous les autres.

« N’économisez pas, surtout. Ceci vaut, je le sens, tout ce que cela peut couter.

« Votre vraiment… »

Suivait la signature.


Chapitre 3 PAR TUBE ACOUSTIQUE

 

Certes, j’aime les logogriphes ; je ne serais pas journaliste sans cela.

Mais un rébus dont il faut chercher le mot aupres du « Grand Georges », cela cesse d’etre une partie de plaisir.

Vous l’avez tous vu, ce diable d’homme avec sa face étrange que les ans ont si énergiquement sculptée, avec ses yeux mobiles, qui fouillent l’esprit des autres sans se laisser pénétrer, avec sa nervosité raisonnée, ses rudesses voulues, sa verve a la fois primesautiere et académique.

On croit le tenir, qu’il a déja glissé entre les doigts.

Il semble se confier, et sa pensée vraie ne se révele pas un instant.

Un homme d’État, et parmi les plus remarquables, mais un homme bien ennuyeux pour une interview destinée a réjouir la direction du Times.

Tout cela, je me le confiai dans une moue tres expressive, et dans un geste qui, j’en jurerais, exprimait tout autre chose que l’enthousiasme.

Il est tres flatteur de se voir confier un rôle difficile, mais vu la peine qu’il se faut donner pour le tenir, la gloire du passé est loin de compenser les ennuis de l’échec probable.

Les héros, surtout ceux des temps légendaires, d’Hercule a Charlemagne, ne pensent pas ainsi, on m’a enseigné cela, mais moi je pense et je dis, et meme je suis enclin a croire que les héros en question furent grandis par le brouillard des âges, ou bien plus simplement encore, qu’ils furent dépeints « de chic » par d’aimables farceurs universitaires qui ne les avaient jamais connus.

Réflexions oiseuses, absolument inopportunes, car dans l’espece présente, l’opinion d’Hercule ou de Charlemagne n’avait aucune importance.

Oui, mais l’opinion du « patron ». En voila une opinion qui compte.

Par quel moyen réaliser le tour de force qu’il me demandait, en avouant entre les lignes, que lui-meme l’avait raté a Londres !

Car, naturellement, je ne songeais pas une seconde a me dérober.

La mission était ennuyeuse certes, j’en avais la douloureuse conviction, mais de la a lâcher pied, il y a un abîme.

Et puis, et puis, au fond de moi-meme, une voix que l’on écoute toujours avec plaisir, me disait que je n’étais pas maladroit, que j’avais déja conduit a mon honneur d’autres reportages épineux, que cette fois encore je réussirais peut-etre…

Tous, nous avons, au plus profond de notre etre, une petite voix semblable, qui nous parle d’un timbre si doux, avec des vocables si caressants, que nous lui obéissons toujours.

C’est l’organe d’une adorable ennemie, plus aimable, plus louangeuse que nos meilleurs amis, et elle porte un joli petit nom de femme : la vanité.

Comme a la plupart de vous, lecteurs graves ou sémillantes lectrices, cette terrible flatteuse me persuada sans peine que le « patron » me manifestait une confiance qu’il ne marquerait a aucun autre que… et catera…, des et catera dont je rougirais si j’étais modeste.

Bref, je me déclarai que j’arriverais au but désiré par le Timeset… je sautai dans le bureau de l’hôtel Bedford, ou, en punition de mes péchés sans doute, je tombai sur un annuaire des Ministeres et Administrations de l’État.

– Parfait, me confiai-je. Dans l’entourage du « Grand Georges », attachés de Cabinet ou secrétaires, je trouverai quelqu’un a qui parler et a faire parler.

De ce moment, j’étais embarqué dans une aventure tragique, dont le souvenir a pris place parmi les grandes douleurs de ma vie.

Seulement, n’étant point de Thebes, ou autres lieux chers aux pythonisses, liseuses d’avenir, semeuses de déceptions ou d’espérances (ceci est une simple question de tempérament), je ne prévis pas le moins du monde ce qui m’attendait.

Je feuilletai avidement l’annuaire.

– Voyons, nous disons ; Ministere de l’Intérieur… Le voici… Ah ! Composition du Cabinet… Ah !

L’exclamation m’était arrachée par un nom qui avait brillé comme un éclair a mes yeux.

A la troisieme ligne, j’avais lu :

Henry Laffontis, secrétaire.

Henry Laffontis… Mais je ne connaissais que cela ! Eh oui, ce grand garçon, châtain de cheveux et de barbe, aux bons yeux bleus rieurs…

Il était venu a Londres avec une caravane de journalistes parisiens. Nous autres Londoniens les avions reçus en freres plus encore qu’en confreres, et ma bonne fortune nous avait mis, lui et moi, en sympathie.

Désertant les agapes officielles, nous nous étions livrés a quelques fugues dans ma Cité.

Bref, nous nous étions quittés en nous promettant, avec cette émotion fugitive mais réelle de toute séparation, de nous revoir.

De passage a Paris, j’irais lui rendre visite. Quoi de plus naturel ? Rien, si ce n’est de dîner ensemble et, un joli bourgogne aidant, j’arriverais bien a lui tirer ce que le « patron » désirait savoir, a moins qu’il ne le sut pas lui-meme.

Comme on le voit, j’étais non seulement machiavélique, mais encore présomptueux. Je n’admettais pas que mon confrere parisien put me céler un secret du moment ou il le possédait.

Un proverbe de la vallée de la Seine exprime cette idée, naive de forme, profonde d’esprit :

– Il faut battre le fer tandis qu’il est chaud.

Je jugeai qu’il en était de meme du secrétaire du Président du Conseil, et sautant dans un taxi-auto, je me fis conduire au Ministere de l’Intérieur.

En descendant a la grille de la place Beauvau, j’adressai un regard de défi au palais de l’Élysée qui gisait bien tranquillement a sa place.

Pourquoi défiais-je cette spacieuse et bourgeoise habitation ?

Tout uniment parce que je venais de me confier cette solennelle betise :

– Fallieres sait probablement ; mais ce soir j’en saurai autant que lui.

De tels rapprochements s’imposent a l’esprit des reporters. C’est leur force et leur faiblesse.

Je franchis la grille, traversai la cour. A droite et a gauche, des perrons s’offraient a l’ascension. Lequel choisir ?

Celui de gauche, étant un peu plus rapproché, obtint ma préférence.

Décidément, la chance me favorisait. C’était le bon, réservé aux visiteurs de M. le Ministre, me dit un huissier majestueux ; celui d’en face conduisant les visiteurs chez M. le Sous-Secrétaire d’État.

Je remerciai cet homme important de la condescendante explication et lui tendis ma carte avec ces mots :

– M. Henry Laffontis.

L’huissier s’inclina, appuya a deux reprises sur le poussoir d’une sonnerie électrique, puis se rassit.

– Eh bien, lui dis-je, vous ne portez pas ma carte ?

Il se prit a rire en me rendant le carton.

– Inutile. J’ai sonné deux fois. Le garçon de bureau du premier sait que deux coups c’est pour M. Laffontis. Il va me répondre si M. le Secrétaire est dans son cabinet : Une sonnerie : Oui. Deux : Non. S’il y est, vous monterez et le garçon lui remettra votre carte.

– Vous comprenez, Monsieur ? ajouta-t-il avec abandon, que si l’on gravissait chaque fois l’étage, on s’userait les jarrets, tandis qu’avec ce procédé si simple…

– Ce sont les jambes des visiteurs qui marchent.

– Voila, fit-il complaisamment, avec l’air d’un huissier considérant comme un devoir civique de pousser ses concitoyens et meme les étrangers, a des exercices sportifs dans l’immeuble de l’Intérieur.

Puis, mis en belle humeur par mon sang-froid, – j’ai appris des longtemps qu’il faut savoir tout pardonner aux huissiers des administrations publiques, – il ajouta confidentiellement :

– M. Laffontis est tres occupé… Son bureau est situé juste au-dessus de celui de M. le Ministre. Eh bien, croiriez-vous que, M. le Ministre, lui non plus, n’aime pas que l’on escalade les étages sans nécessité. Il a fait installer un tube acoustique entre son cabinet et celui de son secrétaire. De la sorte, ils peuvent causer a tout instant sans perdre du temps dans les escaliers.

Et sentencieux, il ajouta : – M. le Ministre est un homme de tete… C’est une valeur… Pour l’escalier, il s’est rencontré avec moi. Eh dame, ça, vous savez, ce n’est pas ordinaire chez les ministres !

Une breve sonnerie interrompit le causeur.

– M. Laffontis est dans son cabinet, Monsieur, prenez la peine de monter. Vous trouverez le garçon au premier palier.

Un salut respectueux a ce fonctionnaire qui, sur la question de l’escalier, pensait comme le « Grand Georges » et je me lançai a l’assaut des degrés, étreint par l’idée soudaine que Laffontis pourrait bien ne pas me recevoir.

Crainte injustifiée d’ailleurs.

A peine le garçon, que je trouvai a son poste, eut-il porté mon bristol, que l’aimable Laffontis se montra en personne a la porte de son cabinet.

Toujours châtain et souriant, il s’exclama :

– Vous, Trelam, quelle bonne surprise !… Entrez donc… Charmé vraiment de vous revoir.

Il me serrait les mains avec cette expansion communicative de la race française, si charmante quand elle ne fait pas de politique et ne souffre pas de l’estomac.

– De passage a Paris, commençai-je…

– De passage seulement. Allons donc… Vous m’avez cornaqué a Londres, je veux vous rendre la pareille dans ma ville.

Ma foi, lui-meme se conduisait a mon piege, et j’allais faire mon invitation a dîner, quand un coup de sifflet l’arreta sur mes levres.

Il me quitta, courut a une table encombrée de journaux au-dessus de laquelle se balançait un tube acoustique.

– C’est le ministre, me lança-t-il, excusez.

Et, approchant ses levres de l’orifice :

– Vous désirez, Monsieur le Ministre ?

*

* *

– Oh ! bien… de suite.

Il lâcha le tube, oubliant dans son empressement d’y replacer le sifflet avertisseur, et tout en allant vers sa porte :

– Le Ministre me demande… Pardon… Attendez-moi… Tenez, la, sur la table, des journaux…

Pfuit ! il s’était levé, la porte s’était refermée.

Ces allures trépidantes des Français m’interloquent toujours un peu.

En Angleterre, nous nous hâtons avec plus de calme.

Je ne marque point ici une préférence, oh non ! J’indique une différence qui, je le répete, me trouble, sans doute parce qu’elle va a l’encontre des habitudes que j’ai contractées des le premier âge.

Je fus donc un moment avant de profiter de l’indication jetée par Laffontis en sortant.

Lui avait du déja descendre l’étage et avoir pénétré chez le Ministre.

Je m’approchai donc de la table pour choisir un journal, mais, comme je me disposais a prendre au hasard l’un des quotidiens du matin, un fait inattendu me fit changer d’idée.

Un murmure indistinct s’échappait du tube acoustique placé au-dessus de la table.

Laffontis avait oublié d’y réintégrer le sifflet et l’appareil m’apportait un écho de son entretien avec le Ministre.

D’un geste brusque, je saisis le tube et l’appliquai a mon oreille.

Oh ! je reconnais facilement que ce n’était pas d’un gentleman de chercher a surprendre des secrets ministériels, mais c’était d’un vrai journaliste. Or, depuis le reçu de la dépeche du patron, je n’étais plus un monsieur quelconque, encerclé par des convenances mondaines. J’étais seulement un reporter, a l’affut de nouvelles sensationnelles, susceptibles de justifier une édition spéciale du Times.

Au surplus, si Max Trelam, gentleman, se reprocha quelque peu son acte, Max Trelam, correspondant du Times, faillit abandonner le tube acoustique pour se serrer la main.

Car voici ce que ce brave, ce digne tube, providence annulaire de ma curiosité professionnelle, m’apportait :

– Vous avez compris, Laffontis, fit la voix nette, précise, autoritaire du « Grand Georges ».

– Parfaitement. Dans les rapports avec la presse, ne parler que de l’incident de Casablanca. Si l’on me questionne sur le cambriolage du Foreign-Office, le coffre-fort, le document, traiter cela légerement, comme une chose qui ne nous concerne pas.

Donc, mon Directeur avait bien jugé. La France se trouvait menacée, de meme que l’Angleterre, par la disparition de ce damné document.

La conversation continuait, ne me permettant pas les longues réflexions.

– C’est cela meme, le « Grand Georges » reprenait la parole. – Inutile d’énerver l’opinion. Si nous avons la guerre, on le verra bien. En tout cas, nous ne l’aurons pas cherchée. Or, si la nature de la piece dont il s’agit était connue, je ne sais pas trop si nous réussirions a obtenir le calme de nos journaux. Oh ! je les excuserais, car vraiment, moi-meme je suis a bout de patience devant l’attitude tracassiere, sournoise de nos voisins de l’Est. Seulement, je me contiens. En ne disant rien, il n’y aura de notre part aucune provocation, aucun de ces mots malheureux qu’aggravent les diplomates. Le mot d’ordre pour nous doit etre : La main sur nos armes et bouche close.

Puis ironique, avec un de ces brusques retours de gaminerie qui ont chez lui tant de saveur :

– C’est égal, Laffontis, c’est bien embetant de naviguer sur un volcan, comme disait M. Thiers !

L’entretien prenait fin. Il ne fallait pas que Laffontis soupçonnât mon indiscrétion.

Vivement, j’enfonçai le sifflet dans l’ouverture du tube acoustique, j’empoignai le premier journal illustré qui se trouva sous ma main, et j’allai me jeter dans un fauteuil relégué pres de la croisée.

Quand mon ami rentra, j’étais si absorbé par la contemplation du portrait de je ne sais quelle criminelle célebre, que je ne m’aperçus de son retour qu’en me sentant secoué cordialement.

Quel bon garçon ! Il m’a pardonné, depuis, ma petite trahison professionnelle, et il a pleuré avec moi sur le souvenir de l’etre charmant que je ne verrai plus.

Oh ! le souvenir, cette blessure invisible, que l’on emporte partout avec soi !

Mais j’anticipe sur les événements. J’ai tort. Je reprends.

Laffontis ne m’a point gardé rancune. Du reste, ce jour-la, j’ai bien réparé le « coup du tube acoustique », en me refusant absolument a dîner avec lui le soir meme.

Je me retranchai sur la possibilité d’une dépeche du Times,pouvant m’obliger a quitter Paris d’une minute a l’autre.

Je n’en attendais aucune, mais ce que j’avais entendu de l’entretien de mon ami avec le Ministre, m’avait donné un scrupule.

Si, le fameux bourgogne s’en melant, Laffontis me dévoilait la nature des pieces volées, je ne pourrais me tenir d’expédier ces renseignements a Londres. Or, semblait-il, le « Grand Georges » et Laffontis étaient vraisemblablement les seuls a posséder ce secret.

Sa divulgation n’entraînerait-elle pas pour cet aimable compagnon la perte de la confiance du Ministre, et alors…

Bref, j’eus pitié de lui. C’est ridicule, car a présent que je le connais mieux, je suis certain que Laffontis n’aurait pas prononcé une syllabe au sujet du terrible document. Cet etre-la est une lame d’acier dans un fourreau de velours.

Le « Grand Georges » juge bien les hommes. Il avait choisi son confident a bon escient.

Enfin, je pris congé et regagnai l’hôtel Bedford, ou je déjeunai d’assez méchante humeur.

En somme, j’avais appris beaucoup et je ne savais rien.

Le papier, ou le dossier volé au Foreign-Office pouvait irriter l’opinion en France, et sans doute aussi en Allemagne… Sa publication aurait un tel retentissement que le « Grand Georges » lui-meme n’espérait pas obtenir le calme des journaux.

Il était donc terrible, ce dossier ?

La, j’entrais dans le brouillard. J’étais en mesure d’affirmer qu’un individu inconnu détenait une arme terrible ; mais sans me douter aucunement de ce qu’était cette arme.

Obsédé par mes réflexions a ce point que je regrettais presque le mouvement d’amicale clémence qui m’avait fait épargner Laffontis. (Il est vraiment incroyable de se rencontrer aussi bete et aussi cruel en présence de la curiosité surexcitée). Je m’étais affalé sur un des canapés du salon de correspondance de l’hôtel, assommé par mon inaction et ne me sentant pas le courage d’en sortir.

La pendule-cartel venait de sonner quatre heures quand, patatras, un jeune télégraphiste m’apporta une raison péremptoire de rompre avec ma paresse.

La raison était une nouvelle dépeche du « patron ».

Bien plus laconique que la premiere, celle-ci. Au surplus, la voici :

« Partir ce soir meme pour Madrid (Espagne). Descendre a l’hôtel de la Paix, sur la Puerta del Sol. Vous aboucher avec le capitaine Lewis Markham, attaché militaire a l’ambassade britannique. Vous laisser guider par lui. Tres grave. »

Pour une surprise, c’était une surprise.

Dire que, quelques heures plus tôt, j’affirmais a Laffontis, sans croire a la possibilité de la chose, que je serais peut-etre appelé a quitter Paris dans la journée, et voir ce mensonge affectueux devenir une vérité.

Meme au temps des fées, si toutefois les petits enfants ont raison de croire que ce temps a existé, les souhaits imprudents n’étaient point exaucés avec plus de précision.

Et puis, pourquoi Madrid ?

Qu’était ce capitaine Markham, dont je n’avais jamais entendu parler ?

Me laisser guider ? Dans quoi ? Pourquoi ? En quoi ?

Mes nombreuses questions, auxquelles je n’avais nul moyen de répondre, me prouverent simplement que tout homme est désireux d’entasser. Les uns amassent de l’or ; moi, j’amassais les points d’interrogation.

Seulement, je n’y trouvais aucun plaisir.

Enfin, quitter Paris, alors que je commençais a débrouiller l’affaire du document de M. le Premier, pour courir a Madrid vers une énigme dont je ne possédais pas le moindre mot, j’avoue que tout cela ne me remplissait pas d’ardeur.

Oui, mais, voila. Le « patron » avait ordonné.

Je bouclai ma valise et a 9 heures et quelques minutes du soir, je quittais Paris-Orsay dans l’Express-Péninsulaire, lequel par Tours, Bordeaux, Bayonne, Irun et ligne d’Avila m’emportait a toute vitesse vers Madrid.